Hi-Gé

Programmes, liens, prolongements de formations, propositions de didactisations, compte-rendus, fiches, synthèses, débats permettant de faire le lien entre histoire et géographie universitaires et enseignées. Blog de mutualisation d'un historien-géographe, enseignant-formateur de professeurs des écoles, destiné aux étudiants, aux enseignants stagiaires et titulaires en formation.

Deux citations en exergue rappelant l'importance de nos disciplines en société : "Homère est nouveau ce matin, et rien n'est peut-être aussi vieux que le journal d'aujourd'hui" (Charles PEGUY) ; "Si tu veux de la vérité, apprends la géographie : c'est elle qui dicte les commencements" (Erik ORSENNA, Mali, ô Mali, Paris, Stock, 2014).

lundi 28 mai 2018

Europe, UE, zone euro et espace Schengen : 4 réalités à ne pas confondre


Quatre terminologies à ne pas confondre. Ces mots désignent des espaces différents, qui ne coïncident pas toujours (pour ainsi dire jamais).

L’Europe désigne un continent. Elle est géographique, et non politique. Facilement délimitée au Nord (l’Arctique), à l’Ouest (océan Atlantique) et au Sud (mer Méditerranée), les limites Est entre l’Europe et l’Asie sont plus difficiles à déterminer. Par convention, l’Oural, la mer Caspienne, le Caucase, la mer Noire et le détroit du Bosphore en sont les limites. La Turquie est donc à cheval sur l’Europe et l’Asie (Istanbul, la capitale économique, se trouve en Europe, alors qu’Ankara, la capitale politique, se trouve en Anatolie, la partie « asiatique »). 750 millions d’habitants peuplent le continent européen. C’est très peu par rapport aux 4,5 milliards d’habitants du continent asiatique…

L’Union européenne est une construction politique : c’est un regroupement volontaire d’Etats, qui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ont cherché à lier leurs destins. L’Union européenne naît officiellement en 1992 au moment du Traité de Maastricht, pour remplacer la CECA et la CEE. La citoyenneté européenne est automatiquement donnée à tous les citoyens nationaux. Aujourd’hui, l’UE compte 27 membres (depuis la sortie du Royaume-Uni, entré en 1973, mais Brexit voté en 2016) et 512 millions de citoyens. Dernier pays membre ayant rejoint l’UE : la Croatie en 2013.

L’espace de libre circulation ou « espace Schengen », créé en 1985 et effectif à partir de 1995, regroupe 26 Etats, mais cela ne concerne pas tous les membres de l’UE (l’Irlande et le Royaume-Uni avaient choisi de ne pas en faire partie). Certains Etats non-membres de l’UE (Suisse, Islande, Norvège) font partie de l’espace Schengen, et certains membres de l’UE sont en période de transition : la Roumanie et la Bulgarie (membres de l’UE depuis 2007) et la Croatie (depuis 2013) ont vocation à entrer pleinement dans l’espace Schengen à court ou moyen terme. 422 millions de citoyens peuvent circuler librement dans cet espace.

La zone euro regroupe les 19 pays membres de l’UE qui ont la monnaie unique en commun : l’euro (qui existe depuis 2002). Quelques autres micro-Etats utilisent également cette monnaie (Monaco, le Vatican, Saint-Marin et Andorre). La Lituanie en 2015 est le dernier pays à avoir rejoint cette zone euro, qui rassemble désormais 342 millions d’habitants. La capitale financière de la zone euro est Francfort, siège de la BCE (Banque centrale européenne). L’euro est aussi devenu une monnaie fréquemment utilisée dans des Etats voisins : le Monténégro et le Kosovo par exemple.

On a bien affaire à quatre espaces différents. Attention au vocabulaire employé : « zone européenne » ne voudrait rien dire… Soit vous parlez de la zone euro, soit de l’Union européenne.

Les différentes formes d'évaluation à l'école


Commençons par rappeler deux évidences :
-         - Evaluer, ce n’est pas noter (même si l’inverse est vrai : noter, c’est forcément toujours évaluer). La notation n’est pas obligatoire pour que l’évaluation puisse avoir lieu.
-         - Evaluer ne passe pas forcément par un devoir écrit sur table, un « contrôle » papier. Cela dépend bien entendu des critères évalués.

Types d’évaluation
Formes d’évaluation 
(de la plus diagnostique à la plus certificative)
Modalités d’évaluation
(de la plus diagnostique à la plus certificative)
·        * Diagnostique (en début de parcours, pour connaître les savoirs, les savoir-faire et les besoins des élèves)
·        * Formative (intermédiaire, elle permet aux élèves de donner du sens à leurs erreurs, à prendre conscience de leurs acquis et des progrès qu’il reste à faire)
·        * Sommative (en fin de parcours)
·        * Certificative (pour vérifier si l’élève a atteint les savoirs et les compétences attendus par les référentiels de l’institution Education nationale
·      * Question d’accroche, brainstorming à l’oral, recueil de représentations initiales, mots clés sous forme de « marguerite » ou de carte mentale de départ, que la séquence enrichira.
·       * Utilisation des TICE pour pouvoir multiplier les évaluations diagnostiques et formatives : des outils comme Plickers permettent de réaliser de rapides questionnaires à choix multiples, les élèves répondent en mettant un QR code dans le sens de la réponse A, B, C ou D, l’enseignant « scanne » sa classe avec un téléphone portable, et le logiciel indique immédiatement le nombre de bonnes et de mauvaises réponses.
·        * Travail de recherche en binômes ou petits groupes, étude sur documents et réponse à des questions en individuel, restitution d’un travail de groupe ou d’une étude individuelle.
·        * Questions/réponses ou productions écrites ou graphiques avec des « blancs » à compléter, qui font surtout appel aux savoirs mémorisés et que l’élève saura (ou non) convoquer au bon moment (« ancienne façon » d’évaluer, avec un barème de points par question posée)
·        * Transposition (appliquer un même raisonnement mais à un cas non vu en classe)
·        * Appariements et discrimination (QCM vrai/faux, intrus à trouver)
·        * Jeu où les logiques des élèves et leur façon de les suivre, de les exposer sont observées (au cours d’un DVP en EMC par exemple, qui donne l’occasion à l’enseignent de remplir pour chaque élève une grille d’évaluation de critères observés)
·         * (Auto)correction d’un exercice, échanges entre pairs, auto-évaluation co-évaluation.
·         * Evaluation de fin de séquence (la même pour tous au même moment, ou différenciée)
·        * Evaluation critériée : situer l’élève par rapport aux objectifs d’enseignement, selon une liste de critères observés (cochés « acquis », « en cours d’acquisition », « non acquis »).
·       * Evaluation différée (tous les élèves ne sont pas « mûrs » pour être évalués au même moment : c’est le cas pour beaucoup de compétences).

Précision : Aucune évaluation n’est de type « pur ». Selon les objectifs poursuivis, les évaluations proposées peuvent entrer dans plusieurs catégories en même temps.

samedi 26 mai 2018

Depuis quand l'Empire romain est-il un "empire" ?

Il y a malentendu persistant sur le terme "Empire"...
Au départ, Rome est une cité-Etat : ses citoyens sont les habitants d'une ville et de sa campagne environnante.
Cette cité est dirigée :
- par des rois : de sa fondation en 753 avant Jésus-Christ (légendaire, par Romulus) à 509 (date d'une Révolution qui chasse le dernier roi, Tarquin le Superbe).
- par des magistrats de 509 à 27 av. Jésus-Christ : c'est la période de la République romaine. Deux consuls de la République (chaque magistrature est collégiale : plusieurs magistrats aux mêmes postes, pour éviter les abus de pouvoir) la dirigent. Il est d'usage que lorsque l'un des consuls dirige les légions romaines hors de Rome, l'autre reste dans la cité. Jules César a été le consul de la République (en Gaule de -58 à -52) le plus puissant.
- par des empereurs à partir de 27 av. J.-C. : après l'assassinat de Jules César en 44 av. J.-C., que certains sénateurs soupçonnaient de vouloir devenir dictateur, des guerres civiles opposent Marc-Antoine et Cléopâtre (la mère du fils de Jules César, Césarion) à Octave. Ce dernier impose son pouvoir, et devient le premier empereur sous le nom d'Auguste. C'est la période du principat ou de l'Empire.

Cependant, depuis très tôt, Rome s'étend. D'abord en Italie, au détriment de ses voisins (les Samnites), puis lors des guerres puniques qui l'opposent à une puissante cité rivale, Carthage, aux IIIe siècle et IIe siècles av. J.-C., dont Rome conquiert le territoire. 


 Rome et Carthage, la cité rivale dont les Romains vont s'emparer, se taillent un empire sur les deux rives de la Méditerranée

 Ainsi, Rome se taille un empire territorial autour de la Méditerranée avant de devenir un "Empire" au sens politique du terme. Les conquêtes territoriales se poursuivront jusqu'à l'empereur Trajan, au IIe s. après J.-C.. L'Empire, tant politique que territorial, est alors à son apogée.

Enseignement moral, morale, morale laïque, morale républicaine ?


Une lettre de Jules Ferry aux instituteurs en 1881, la loi du 28 mars 1882 puis une nouvelle lettre aux instituteurs en 1883 enjoignent les maîtres à donner aux élèves une « éducation morale et une instruction civique ». Un arrêté du 18 février 1887 stipule qu’il « y aura chaque jour, dans les deux premiers cours, une leçon qui, sous forme d’entretien familier ou au moyen d’une lecture appropriée, sera consacrée à l’instruction morale ». Cette morale laïque est censée remplir le vide des cours de religion qui ne se tiennent désormais plus à l’école (en dehors de l’Alsace-Moselle annexée à cette période). Elle désigne un ensemble de comportements, d’usages en société que suivent tous les citoyens, aptes à distinguer le bien du mal. L’amour de la patrie et l’adhésion au régime républicain en sont les piliers. L’exemplarité en est le ressort.

L’enseignement moral entre dans son âge d’or avec les programmes des années 20. D’après l’arrêté du 23 février 1923 :

Cours
Âge
Programme
CP
6-7 ans
« Les leçons de morale (…) sont de simples dialogues, des contes moraux, des biographies d’hommes illustres et la formation aux bonnes habitudes »
Cours élémentaire
7-9 ans
« Des entretiens familiers, des récits, des fables, contes moraux, des lectures avec explication »
Cours moyen
9-11 ans
« Des lectures et des entretiens sur les principales valeurs individuelles (tempérance, amour du travail, sincérité, modestie, courage, tolérance, bonté…) et sur les principaux devoirs de la vie sociale (la famille, la patrie). »
Cours supérieur
11-13 ans
« Instruction morale et civique » : conscience et caractère, éducation de soi-même, justice, solidarité, organisation politique, administrative et judiciaire de la France, le citoyen et ses droits et devoirs ».

Mais c’est surtout à l’époque de Vichy que la morale connaît son apogée. Elle remplace l’instruction civique, et dicte les comportements. Elle indique les devoirs de l’enfant envers sa famille, l’école, la patrie.

En 1978, les instructions officielles suppriment la leçon de morale quotidienne à l’école.

En 2008, les programmes font réapparaître la morale, et l’associent à l’instruction civique (sans la confondre avec cette dernière toutefois). La morale y est définie comme un ensemble d’usages en société que les élèves doivent s’approprier pour espérer dans un second temps pouvoir exercer un jugement moral. Le développement moral de l’enfant fait l’objet d’un développement particulier dans la circulaire de 2011 : le but est d’amener les élèves des stades préconventionnels de la morale (obéissance par crainte de la punition de 2 à 6 ans, intérêt personnel de 5 à 7 ans) aux stades conventionnels (relation à l’autre et vie sociale de 7 à 12 ans, respect de normes sociales de 10 à 15 ans, selon le psychologue américain Lawrence Kohlberg, qui identifie des stades post-conventionnels lorsque qu’un enfant se préoccupe du bien-être d’autrui et/ou/puis sait réfléchir à des principes universels).

Enfin, en 2013, Vincent Peillon place la morale laïque comme un élément de la refondation de l’école. Un nouveau programme d’EMC est annoncé pour 2015 sous ce libellé « Enseignement moral et civique ». Il n’est plus question de construire un catéchisme républicain pour panser les maux de la société, mais d’expliquer le bien-fondé du socle des valeurs communes : liberté, égalité, dignité, solidarité, laïcité, justice, tolérance, respect de tous, lutte contre toutes les discriminations.